Histoire

Les portes du Grenier de France

Thignonville n’a que le destin de ces petits fiefs terriens, ancrés sur environ mille hectares, tracés par le cadastre romain sur les hautes plaines céréalières. Mais laissons les évocations trop rapides et finalement trop ressassées dans les monographies des noms en « ville ». Apprenons à embrasser le territoire et à entrer dans la houle des faux-plats qui ont leur charme, leurs mystères, leur histoire.

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D’abord l’altitude : une moyenne de 130 m. sur un plateau qui forme les côtes de la mer d’Ile de France. Des vallées asséchées qui portent en creux les reliquats des différentes glaciations dont la dernière remonte à environ – 10.000 avant J-C. Et là justement commence à se former l’autre dimension d’une l’Histoire passionnante : celle de ces chasseurs, vêtus de peaux de bêtes et arrêtés suffisamment longtemps pour laisser des mètres de terre noire sur un tuf aveuglant et rugueux. C’était là, juste derrière le dernier bois à l’est du village. Pourquoi là? Où trouvaient-ils leur eau? Les fossés qui cernaient leur campement englobaient-ils le bourg?

5000 ans plus tard, les légionnaires du César de l’époque quadrillent le territoire et se placent à nos portes (voir Sermaises) pour surveiller la tribu belliqueuse des gaulois Carnutes qui poussent jusqu’à Autruy.

Rien ne subsiste de cette époque où tout était en bois. Mais les premières traces d’un Guillaume de Thignonville, révélées dans les archives d’Etampes dont le fief dépendait, remontent à 1193. L’orthographe est incertain : Taingnonvilla ou Teignonvilla, nom probablement issu des hordes barbares d’Europe centrale, matées par les romains, et faisant souche au même titre que les Lolain, les Trétains… Autant de domaines agricoles, relevant de familles anoblies et assorties de prérogatives à la suite des différentes croisades à l’image des « Thignonville qui avaient droit de haute, moyenne et basse justice, tenu en plein fief du Château d’Estampes » (17 avril 1450).

Cette ancienne seigneurie qui se distinguait avec ses armes « de gueules à dix annelets d’or » devait se fondre dans la lignée des Monceau puis dans celle des Prunelé – belle noblesse dont il faut souligner l’un des leurs, Mousquetaire noir gisant (Parfait de Prunelé) dans le chœur de l’église Saint-Pierre érigée vraisemblablement au début du XVIème siècle.

Trois siècles plus tard ce sont les Bizemont qui reprennent le flambeau et laissent leurs armes sur les vitraux de la chapelle avec des croissants d’or qui attestent des combats en terre sainte.

Certains mystères restent liés aux tracés des chapelles, à l’édification de la tour de guet qui sert de clocher en même temps que de repli pour les nobliaux successifs ; à la « Place du Jeu de Paume », aux salles circulaires souterraines qui ont été malheureusement comblées ; à l’antique statue de Saint-Marcou et à cette étrange relique qui serait issue du crâne du roi breton Saint-Salomon « E capite regis salomonis, britaniae. Nous ne saurions trop vous convier à une visite guidée à la tombée du soir, un flambeau à la main, ou lors du désormais concert rituel de la Sainte-Cécile.

 Christophe FAURE